Portrait de profil de l'apiculteur Damien Giraud en tenue de protection examinant un cadre de miel face au soleil.

Miel de lavande : portrait d’un apiculteur sédentaire des Alpes de Haute-Provence

Au lever du jour, les ruches de Thèze bruissent déjà d’activité. Entre les champs de lavande et les contreforts alpins, Damien Giraud ajuste sa vareuse blanche avant d’ouvrir les premières hausses de la matinée. Ici, sur la route de Melve, l’apiculture ne suit pas le rythme effréné de la transhumance qui caractérise la plupart des exploitations provençales.

Les abeilles d’Api Mélia vivent à l’année sur le même territoire, butinent les floraisons successives sans jamais quitter leur environnement. Un choix assumé, qui redéfinit les contours d’un métier soumis à des contraintes de plus en plus lourdes.

Un parcours d’autodidacte forgé au contact des ruches

Main d'apiculteur tenant un cadre de bois rempli de miel operculé avec plusieurs abeilles posées dessus.
L’or des Alpes-de-Haute-Provence : un cadre de miel de lavande fraîchement récolté.

Damien n’a pas grandi dans une famille d’apiculteurs. Il y a sept ans, un essaim sauvage s’est installé près de chez lui. Plutôt que de le faire déplacer, il a décidé d’apprendre. Sans formation classique, sans transmission familiale, simplement en observant les colonies et en échangeant avec d’autres apiculteurs de la région. Cette entrée en matière empirique a façonné sa pratique : privilégier le bien-être des abeilles, limiter les interventions inutiles, travailler avec ce que le territoire offre plutôt que de forcer la production.

Aujourd’hui, Api Mélia compte environ deux cents ruches qui hivernent entre trois sites : le rucher principal à Thèze pour les miels de lavande et toutes fleurs, un second à Thuoux dans les Hautes-Alpes, et un troisième à Laborel dans la Drôme, où se récolte la lavande fine de montagne. Damien reste salarié à mi-temps, un double actif qui lui permet de financer progressivement le développement de son exploitation. L’apiculture moderne exige des investissements constants, et la production reste aléatoire. Certaines années, une ruche peut donner vingt kilos de miel ; d’autres, à peine quatre.

Une apiculture ancrée dans son territoire

Paysage de Haute-Provence montrant des rangées de lavande violette à perte de vue avec des ruches parsemées et des montagnes en arrière-plan.
Le plateau de Thèze, terre d’élection pour une apiculture sédentaire.

La plupart des apiculteurs professionnels transhument : ils déplacent leurs ruches au gré des floraisons pour maximiser les récoltes et diversifier les miels. Damien a fait le choix inverse. Son biotope lui offre une diversité florale suffisante pour éviter ces migrations incessantes. Les abeilles sont moins stressées, le bilan carbone de l’exploitation reste très bas. En contrepartie, les rendements sont moindres et la palette de miels plus restreinte. Mais cette approche correspond à sa vision du métier et à la réalité géographique de son installation.

À Thèze, les lavandes s’épanouissent dès la fin juin, nappant les plateaux d’un violet profond. Le miel qui en résulte présente une granulation fine et crémeuse, une douceur caractéristique qui signe les productions de Haute-Provence. Pour obtenir cette texture homogène, Damien ensemence son miel toutes fleurs avec environ cinq pour cent de miel de lavande, puis le brasse deux fois par jour avec une pagaie. Un geste répété, patient, qui façonne la consistance finale du produit.

Des choix cohérents avec une démarche environnementale

Trois pots de miel en emballage biosourcé posés sur une table en bois avec des morceaux de rayons de miel et des brins de lavande.
Un conditionnement respectueux de l’environnement pour un produit d’exception.

En cours de conversion bio, Api Mélia pousse la logique jusqu’aux contenants. Récemment, Damien a abandonné les pots en verre au profit de pots végétaux biosourcés à cent pour cent. Ces récipients issus de matières renouvelables sont réutilisables, lavables à moins de quarante-cinq degrés, biodégradables et compostables en fin de vie. Leur légèreté réduit aussi les coûts d’envoi postal, un critère non négligeable pour un producteur qui vend une partie de sa production en ligne via Mondial Relay.

Cette attention au cycle de vie complet du produit s’inscrit dans une réflexion plus large sur les impacts de l’activité. Damien nourrit ses ruches hors période de récolte uniquement pour garantir leur survie, et veille à leur laisser une bonne partie du miel qu’elles produisent. Une pratique moins rentable à court terme, mais qui préserve la vitalité des colonies face aux multiples menaces qui pèsent sur elles : varroa, baisse de la biodiversité, dérèglements climatiques.

Les défis d’un métier en tension

L’apiculture est physiquement éprouvante. Porter les hausses pleines, manipuler les cadres par tous les temps, gérer les pics de travail lors de la récolte. Mais la charge émotionnelle pèse tout autant. Voir des colonies s’affaiblir malgré tous les efforts, perdre des ruches à cause d’une vague de froid tardive ou d’une sécheresse qui bloque les floraisons. Les abeilles sont constamment fragilisées, et chaque saison apicole s’apparente à un pari sur des conditions environnementales de plus en plus chaotiques.

Silhouette d'un apiculteur travaillant sur ses ruches au milieu d'un champ de lavande plongé dans une brume matinale épaisse.
Le travail commence dès l’aube pour l’apiculteur, avant les fortes chaleurs provençales.

Damien l’admet sans détour : il pensait faire travailler des abeilles, et c’est lui qui travaille le plus. La phrase pourrait prêter à sourire si elle ne résumait pas la réalité de centaines d’apiculteurs en France, professionnels ou double actifs, qui tentent de maintenir une production de qualité dans un contexte de plus en plus contraint. Les investissements restent lourds, la rentabilité incertaine, et pourtant l’attachement au métier demeure.

Où trouver les miels Api Mélia

Les miels de Damien se déclinent en plusieurs profils aromatiques : lavande, montagne, toutes fleurs, chêne. Tous sont extraits à froid et simplement brassés à la main dans un environnement à l’hygrométrie contrôlée, afin de préserver au maximum leurs qualités nutritionnelles et gustatives. Api Mélia propose également une crème de nougat, élaborée en collaboration avec Tiffanie et ses bonbons, confiseuse locale : miel de lavande, amandes bio de Provence et blancs d’œufs de poules élevées en liberté.

Les produits sont disponibles sur rendez-vous à l’exploitation, route de Melve à Thèze, du lundi au vendredi entre huit heures trente et dix-sept heures. Ils sont aussi vendus à la boutique Les Jolies Choses à Gap, au 31 rue Jean Eymard, qui regroupe vingt-huit artisans locaux. Pour ceux qui ne peuvent se déplacer, le site www.miels-haute-provence.com permet de commander en ligne avec envoi par Mondial Relay. Damien propose également de la cire d’opercule, la plus pure, destinée à la fabrication de bee wraps ou de cosmétiques faits maison.

L’apiculture non transhumante reste marginale en Provence, région emblématique de la lavande et du miel qui en découle. Damien Giraud n’a pas cherché à suivre le modèle dominant. Il a construit sa propre approche, en autodidacte, au contact des abeilles et du territoire qui les nourrit. Une démarche qui interroge les équilibres entre productivité et durabilité, entre rendement et respect du vivant. Dans un secteur fragilisé, où chaque récolte relève de l’incertitude, Api Mélia incarne une forme de résistance tranquille : celle d’un apiculteur qui accepte de produire moins pour préserver l’essentiel.